Pas mes garçons
Julie Gavras a trois garçons. Depuis MeToo, elle ne peut plus se dire qu'ils sont forcément bien élevés. Sa série documentaire "Pas mes fils" part de là, et cet épisode aussi.
Il y a une phrase que j’entends souvent, et que j’ai moi-même prononcée.
Pas mes garçons. Eux, ils sont mignons. On les a bien élevés.
Julie Gavras est réalisatrice et documentariste. Elle a trois garçons. Et depuis MeToo, quelque chose dans cette phrase ne passe plus. Ce n’est pas de la culpabilité à proprement parler. C’est un doute installé, qu’elle ne peut plus faire semblant de ne pas avoir. Sa série documentaire Pas mes fils, disponible dans le flux Injustice de Louie Media, est née de là.
On a enregistré pendant plus d’une heure.
Le hiatus entre les statistiques et l’affection
On sait que les agresseurs ne sont pas des monstres. Le procès de Mazan l’a dit. Les réseaux pédocriminels démantélés le disent à chaque fois : tous âges, toutes professions, tous milieux. Des gens ordinaires. Des gens qui ressemblent à nos voisins, à nos collègues. Parfois à nous.
Et pourtant, relier ça à son propre garçon demande un cheminement que personne ne fait spontanément. Julie appelle ça un aveuglement affectif. Elle ne le dit pas pour culpabiliser les parents. Elle le dit parce que c’est le point de départ. Et qu’on ne peut pas travailler à partir d’un point de départ qu’on refuse de voir.
Ce que les garçons voient avant ce qu’on leur dit
Le concept qui m’a le plus suivi après l’enregistrement, c’est ce que Julie appelle l’éducation passive.
Pas ce qu’on dit à nos enfants. Ce qu’ils observent. La façon dont on se comporte quand on ne pense pas à éduquer. Les injonctions qu’on a soi-même intégrées et qu’on rejoue sans s’en rendre compte, dans les gestes du quotidien, dans ce qu’on accepte de porter sans commenter.
Julie parle d’elle-même : elle a grandi en intériorisant les normes faites aux femmes, la politesse, l’effacement, le care qu’on ne refuse pas. Et elle les a transmises à ses garçons. Pas parce qu’elle les approuvait. Parce qu’elles étaient là, dans sa façon d’être, avant même qu’elle commence à se poser des questions.
Nos garçons voient ça. Longtemps avant d’entendre ce qu’on leur dit.
L’ambivalence
Je reconnais bien quelque chose dans cet épisode.
Vouloir élever un garçon attentif, déconstruit, capable d’empathie. Et en même temps avoir peur de lui retirer quelque chose qui le protège socialement. Parce que la hiérarchie dans les groupes d’hommes est réelle, et un garçon qui n’en maîtrise pas les codes peut en payer le prix.
Julie ne tranche pas. Elle dit qu’elle n’a pas voulu que ses garçons passent leur vie épuisés par la compétition. Que des hommes de sa génération lui ont confié que c’était ça le vrai coût. Pas l’absence de statut. L’épuisement d’avoir dû toujours prouver, tout le temps, depuis l’enfance.
Et quelque part dans cette conversation, elle cite Lucie Peytavin : imaginez qu’on coupe le bras d’un bébé à la naissance. Personne ne ferait ça. Alors pourquoi demande-t-on aux garçons d’étouffer la moitié de leurs émotions ?
Ce que j’ai dit dans cet épisode que je n’avais pas dit ailleurs
Après MeToo, j’ai eu une conversation avec Noëlla. Sur le consentement, dans notre couple, dans une relation longue et établie. Sur des zones grises qu’on ne nomme pas parce qu’on préfère ne pas regarder ce qu’elles disent de nous.
Je la raconte dans l’épisode. Je ne la résume pas ici. Mais elle a changé quelque chose dans la façon dont je pose ces questions.
L’épisode est disponible sur toutes les plateformes. Les liens sont juste en dessous.
Adelphiquement,
Cédric
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