Cet été-là
Épisode 5 La nuit dans le couloir
Il y a des choses que les enfants entendent la nuit et qu'on aurait voulu leur épargner. Nour en a entendu une. Il a fait ce que font les enfants : il a essayé de comprendre.
Épisode 5 : La nuit dans le couloir
Je dors dans la petite chambre du fond chez mamie Joëlle. Celle avec le papier peint à fleurs oranges et le lit qui grince si on bouge trop. Lila dort dans un lit de camp à côté de moi. Elle bouge beaucoup dans son sommeil. Elle parle aussi. Des fois elle dit des mots qui veulent rien dire, des fois elle dit “non” très fort, et une fois elle a dit “le canard” et j’ai failli rire.
Cette nuit-là, j’ai pas dormi tout de suite.
Je pensais à la rentrée, à mon cartable neuf, à si mon copain Théo serait dans ma classe. Et puis j’ai entendu des voix.
Pas fort. Juste assez pour savoir que c’était là.
Je me suis levé.
Le couloir chez mamie Joëlle est long et sombre et il sent un peu le placard et un peu le vieux. Les lattes du parquet font du bruit sous les pieds si on marche au milieu. Si on marche sur les côtés ça fait moins. Je sais ça depuis que j’ai cinq ans.
Je me suis approché de leur porte.
Papa parlait avec sa voix basse. Maman répondait plus vite, des phrases courtes. Je comprenais pas les mots, juste le rythme. Et puis j’ai entendu maman dire, assez fort :
“Tu le fais ici parce qu’on est en vacances.”
Papa a rien dit tout de suite.
Puis il a dit : “C’est faux.”
Puis plus rien.
Je suis resté dans le couloir sans bouger. Le parquet était froid sous mes pieds. J’attendais la suite. Il y a pas eu de suite. Juste le silence et dedans le silence les grillons dehors, ou les grenouilles, je sais jamais lequel c’est lequel.
Je suis retourné dans ma chambre.
Lila dormait avec le doudou serré contre sa joue et la bouche un peu ouverte.
Je me suis recouché. J’ai regardé le plafond.
“Tu le fais ici parce qu’on est en vacances.”
Faire quoi. Je savais pas. Être là. Jouer. Porter le grand sac. Dire merci. Je savais pas ce que c’était le quoi et ça m’a tourné dans la tête un moment et après j’ai arrêté parce que j’arrivais pas à trouver et que les grillons continuaient et que Lila a murmuré quelque chose et que j’ai fini par m’endormir.
Le lendemain matin, papa et maman étaient à table. Papa buvait son café. Maman donnait sa tartine à Lila. Ils parlaient de la journée, de si on allait au marché ou pas. Leurs visages disaient rien de spécial.
J’ai pris mes céréales. Les marron. J’aime bien les marron en fait.
Nour reviendra la semaine prochaine. Il a décidé de poser ses questions. Si vous avez déjà eu du mal à expliquer quelque chose à un enfant qui vous regardait vraiment, les commentaires sont là.
Adelphiquement,
Cédric

